Accueil › Quelle thérapie choisir ?
Repère · Méthodes et recherche
On me demande souvent quelle méthode est « la meilleure ». La réponse honnête est moins vendeuse qu'un slogan, mais plus utile : il n'existe pas de formule miracle, et ce qui compte le plus n'est pas toujours l'étiquette de la technique. Voici ce que dit la recherche, méthode par méthode.
Quand quelqu'un arrive en demandant une méthode précise, j'aime comprendre d'où vient cette idée. Est-ce un article, le conseil d'un proche, une publicité, une vraie conviction après réflexion ? En avons-nous parlé ensemble ? Souvent, le nom de la méthode est moins important que ce qu'on attend d'elle : aller vite, ne pas trop parler, être guidé, ou au contraire prendre le temps de comprendre. Mettre cela au clair change déjà beaucoup de choses.
Depuis les années 1930 (Rosenzweig, puis Luborsky en 1975), une observation revient dans les études : lorsqu'on compare des psychothérapies sérieuses entre elles, leurs résultats sont souvent proches, comme dans Alice au pays des merveilles où le Dodo déclare que « tout le monde a gagné ». Les travaux de Bruce Wampold, qui ont passé en revue des centaines d'études, vont dans ce sens : les différences d'efficacité entre approches reconnues sont en général modestes, et la relation thérapeutique ainsi que la personne du praticien expliquent une part importante des résultats, souvent davantage que la technique elle-même. Le débat scientifique n'est pas clos, et certains facteurs spécifiques comptent pour certains troubles ; mais l'idée d'une méthode unique et supérieure résiste mal aux données.
Cela ne veut pas dire que « tout se vaut » ou que la formation n'a pas d'importance. Cela veut dire que le choix d'un thérapeute sérieux, avec qui un lien de confiance peut se construire, est probablement la décision la plus déterminante.
Ce qu'elles sont : des thérapies structurées, souvent centrées sur les symptômes actuels, qui travaillent sur les pensées et les comportements à l'aide d'exercices. Ce que dit la recherche : elles disposent d'une base de preuves solide, notamment pour les troubles anxieux (méta-analyses de Hofmann et coll., 2012). C'est une approche utile, en particulier quand une difficulté précise et circonscrite domine le tableau. Les bonnes questions à se poser : est-ce le symptôme seul que je veux traiter, ou aussi comprendre ce qui le nourrit ? Une amélioration rapide tient-elle dans la durée si rien ne change en dessous ? Il n'y a pas de réponse universelle, et c'est légitime de vouloir d'abord soulager.
Ce qu'elle est : une approche développée pour le psychotraumatisme, associant l'évocation du souvenir traumatique à des stimulations (mouvements oculaires notamment). Ce que dit la recherche : l'EMDR est reconnue, notamment par l'OMS, comme un traitement de choix du trouble de stress post-traumatique. En revanche, un débat scientifique sérieux porte sur le rôle réel des mouvements oculaires : plusieurs études de « démontage » (dès Cahill et coll., 1999) n'ont pas démontré qu'ils ajoutent quelque chose, ce qui conduit beaucoup de chercheurs à penser que l'EMDR agit surtout par l'exposition au souvenir et par des facteurs communs à toute thérapie. Autrement dit : efficace sur le trauma, oui ; mécanisme « spécifique » du mouvement des yeux, beaucoup plus incertain. À questionner : ai-je affaire à un traumatisme caractérisé, pour lequel cette indication est pertinente, ou est-ce un mot à la mode qu'on m'a conseillé ?
Ce qu'elle est : un état de conscience modifié utilisé à visée thérapeutique. Ce que dit la recherche : le rapport de l'INSERM de 2015 (Gueguen, Barry, Hassler et Falissard) conclut à un intérêt thérapeutique surtout dans l'anesthésie péri-opératoire et le syndrome de l'intestin irritable, mais à des données insuffisantes pour la plupart des autres indications. L'hypnose peut donc être un appoint utile dans des contextes précis, sans constituer une réponse générale aux difficultés psychiques. À se demander : pour quel problème exactement me la propose-t-on, et avec quelle preuve ?
Ce qu'elles sont : des formats volontairement courts, orientés vers un objectif défini. Elles peuvent rendre de réels services sur des problèmes ciblés et limités dans le temps. La question honnête est celle de la durabilité : un changement obtenu vite tient-il quand la difficulté est ancienne et s'enracine dans l'histoire de la personne ? Parfois oui ; parfois un travail plus long est nécessaire. Promettre la profondeur en quelques séances relève souvent plus de l'argument commercial que de la clinique.
Ce qu'elle est : un travail qui s'intéresse à ce qui, sous les symptômes, se répète et cherche à se dire, en prenant au sérieux votre histoire et votre parole. Ce que dit la recherche : contrairement à une idée reçue, les thérapies psychodynamiques et analytiques sont évaluées et efficaces. La méta-analyse de Steinert et coll. (American Journal of Psychiatry, 2017) conclut à une efficacité équivalente à celle des traitements de référence ; les travaux de Shedler (2010) et de Leichsenring et Rabung (JAMA, 2008) montrent que ses bénéfices peuvent se maintenir, voire s'accroître, après la fin du suivi. Ce n'est pas l'approche la plus rapide, et je ne la présente pas comme telle. Sa valeur est ailleurs : comprendre, pour que cela ne se rejoue pas.
Si, après réflexion, vous êtes vraiment convaincu qu'une méthode précise est celle qu'il vous faut, c'est une raison valable : des praticiens compétents la pratiquent, et il est juste d'aller les voir. Mais si vous hésitez, ne laissez pas l'étiquette décider à votre place. Le plus important est de rencontrer un psychologue qui vous paraît sérieux et humain, avec qui vous sentez qu'un travail est possible, indépendamment de la méthode affichée. Vous pouvez d'ailleurs commencer par un premier rendez-vous : on y parle de ce qui vous amène, et on voit ensemble si le courant passe.
Références : Wampold & Imel, The Great Psychotherapy Debate (2015) ; Luborsky et coll. (1975) ; Hofmann et coll. (2012) ; Cahill et coll. (1999) ; INSERM, Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose (2015) ; Steinert et coll., American Journal of Psychiatry (2017) ; Shedler (2010) ; Leichsenring & Rabung, JAMA (2008).
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